Mon sang ne fit qu’un tour, qui
l’aurait dit ? lui ici dans ce restaurant perdu d’ici chez nous ! et
moi, juste en face cachée dans mon coin.
Il ne risquait pas de me voir,
heureusement d’ailleurs, je ne voulais pas être vue , pas jolie à voir et
surtout qu’il était d’une galante compagnie. Je ne voulais pas que ma jalousie
paraisse. Je me suis surprise à être encore jalouse, je pensais l’avoir oublié.
Les mois et désormais, les années sont passés, et me voilà à m’avouer à
contre cœur que j’y suis encore, l’intensité m’a inquiétée. Pourtant, je savais
bien que je n’étais pas sa préférée et
que je ne l’ai jamais été, comme il aimait à me le répéter. Trop de choses
sonnaient faux à mon oreille et me soufflaient le contraire, mais j’aimais à le
croire, c’était si doux.
Cette fois, mes entrailles ne me
faisaient plus mal à cause de la faim de tout à l’heure, mais bien d’un mal
plus pernicieux qui vous prend par effraction.
Je suffoquais, tout s’emballait,
je ne savais plus quoi faire, me lever et courir vers la porte pour ne plus
avoir à subir cela, rester terrée dans mon coin, libérer mes larmes qui
cognaient fort et les laisser couler discrètement.
Subitement, une dose d’adrénaline
remonta des fins fond du « tréfonds » , envahit tout mon corps. Je me
suis mise à souhaiter le retour de mon pouvoir prodigieux. Fermant les yeux,
rassemblant toutes les forces de mon âme blessée, j’implorais Dieu, l’insecte,
qui que ce soit, ne demandant que quelques minutes encore, le temps de savoir…
Rien, ni insecte en vue ni
pouvoir magique disponible à la demande. Dépitée, je m’apprêtais à quitter les
lieux dès que les deux énergumènes, objets de mon ire, tourneront le dos.
Subitement, je dégringolais de
quelques étages, me retrouvait à même le sol et me voila transformée en… chat !!!
Mon Dieu !! qu’ai-je donc
fait ?? … je miaulais en guise de cris d’au secours que je poussais,
affolée.. que c’est-il passé ? était-ce le deuxième effet de la maudite
piqûre ?
De loin, accouru un homme vers
moi, Gulliver him self !!, son pas pressé et alerte annonçait l’occurrence
certaine d’une volée de coups de pieds que je voyais mesurer 10 m vue ma taille
actuelle. Quel supplice que de se faufiler paniquée entre les tables et devoir cohabiter avec le sol encore plus sale
qu’une allée de Souk en fin d’après midi d’un vendredi.
Soudain, des bras me happèrent,
j’ai eu le vertige en survolant les tables, je voyais des pattes raidies,
griffes toutes sorties, c’étaient les miennes !! et je me suis retrouvée
protégée dans les bras de .. mon ex ami !! Il me sauva d’un coup de pied
qui m’aurait fait virevolter et retrouver la chaussée d’en face en moins de
deux.
Me voilà dans ses bras, sans
l’avoir cherché. Je m’y blottis, sans penser un moment que j’étais avec
l’assassin de mon cœur, j’étais trop heureuse d’être encore parmi les vivants
malgré ma nouvelle peau velue.
Il dit au patron du
restaurant « Laissez ce chat, je vais le prendre en partant et vais
le déposer quelque part dehors »
Et Gulliver lui répondre
« Je ne sais même pas d’où il vient, et même qu’une cliente bizarre assise
au même coin en a profité pour prendre la poudre d’escampette, la voleuse, elle
a mangé sa pizza sans payer l’addition, qu’elle soit maudite ! »
maugréa t-il en partant.
Et moi « C’est bon, pas la
peine d’en rajouter, je suis déjà maudite, ton vœux a été exaucé » en
petits miaulements chétifs.
Mon ex-ami, d’un geste me mis sur
le siège a coté du sien, juste en face de le belle. J’en profitais pour la
dévisager sans discrétion aucune, un chat, ça n’est pas discret.
Je devais avouer que
physiquement, elle était pas mal, une consolation pour moi tout de même.
Après qu’ils aient passé
commande, ils discutèrent, je devais écouter, les chats ne sont pas sensés
comprendre le langage humain, mais pour moi, la transformation ne s’est opérée
que du point de vue anatomique, le reste, tout le reste, n’a pas suivi.
J’ai dû écouter les mots et
gestes doux qu’ils s’échangeaient, d’une voix susurrante, ils se parlaient
comme s’ils se rencontraient pour la première fois. En fait, j’avais compris
que c’était le cas, ils se sont connus sur le net il y a à peine un mois.
La voila, elle, les yeux plus
malins que les miens, souriants, à discuter paisiblement, sûre de l’effet
charmeur qu’elle pouvait dégager. Je me suis alors rappelée mon comportement à
la limite de l’hystérie quand j’étais sous forme humaine. Je mesurais la
différence entre elle et moi, et pourtant, Dieu seul sait que j’ai essayé de
ressembler aux autres. Même Lui ( Dieu ) a bel et bien choisi une autre vie pour
moi, celle d’un chat !! mais pourquoi un chat ??!!!
Je subissais tristement mon
double sort, celui de le revoir avec elle, et de ne pouvoir exprimer ma
tristesse, un chat ça ne pleure pas. Je me roulais en boule sur le siège ou on
a décidé de me poser.
Tout le long de la discussion, je
voyais cet être qui s’était détourné de moi, se trémousser sur son siège gras,
susurrer des mots doux, faire des sourires « made in Hollywood » sous
entendus, lancer des regards qui en disaient longs et l’autre, elle, suivant la
même logique du jeu de séduction savait y faire. Surtout ne pas parler
politique, ça n’est pas beau sur une femme, et on s’en moquai royalement. Ne
pas exposer ses idées sur le pourquoi du comment tournait la terre autour de
son orbite, surtout quand on ne vous le demande pas et puis personne ne s’y
intéresse, sauf , bien sûr les autres femmes ou hommes déclarés sans saveur.
Une bouffée de colère montait de
mes tripes « hallal », et semblait vouloir se manifester, je voyais
mes griffes sortir. Je priais très fort ( ne demandez pas quel Dieu
j’invoquais, c’est assez dangereux d’en désigner un sous nos cieux ces derniers
jours.. ) Je rassemblais toutes mes forces pour que ma jalousie ne me fasse pas
faire quelques bêtises que je regretterai peut être.
En guise d’encouragement, j’ai eu
droit à un show en live de cliquetis de paupières, de chuchotement «
érotiques » qui ont fait dresser mes trois poils qui faisaient figure de
moustache du chat que je suis devenue.
Un amoncellement de sentiments,
telle une vague née de l’épicentre d’un tsunami, pris place et sans me rendre
compte, j’ai infligé un coup de griffes magistral, bien placé à mon ex sauveur.
Sous l’effet intense de la douleur, d’un violent coup de main, il m’a éjecté
dehors, sur l’autre trottoir.
Tout s’est passé si vite que je
ne me suis même pas rendue compte, mon sang réchauffé à bloc ne fit qu’un tour
et ne circula plus dans ma tête, expliquant peut-être le trou de mémoire entre
mon coup de griffe et mon éjection !!
Me rendant compte de mon acte, et
sans le regretter à aucun moment, j’ai eu envie de savoir si au moins, il avait
des marques indélébiles sur ses joues, en guise de tatouage de mes larmes
versées pour rien ou pour si peu, elles marqueront son visage à jamais !!
La nuit tombée, j’erre encore
dans les rues d’Alger, heureusement, que j’étais « un » chat, je
risquais moins, y a des machos même dans le pays des chats.
Dans mon errance, je ruminais
toute seule et mes pensées dictaient ces lamentations, ce monologue que je
voulais faire entendre à ma déception :
« J’ai voulu te faire mal, j’espère avoir réussi. Je
pense, que tu le méritais, je t’en veux beaucoup, énormément. Je t’en veux de
m’avoir trompée. Je t’en veux de m’avoir poussé à te donner un jour un surnom,
je t’en veux de ne pouvoir encore t’effacer complètement de ma mémoire. Tu ne
devais pas être comme ça, et tu es pire que je ne le pensais. Le hasard fait
bien les choses des fois, même si je devais passer par là pour le savoir.
Je ne suis qu’une souris ( en
rapport à la fable, ne faites pas attention au chat ) des champs, celles des
villes sont plus « ouvertes ». Le club des « jouisseurs
convaincus » m’est fermé, le videur ne veut pas de moi. J’ai même fait
semblant, rien n’y fit.
La victoire est mienne
aujourd’hui, je la savoure, puisse-t-elle te paraître cruelle, ô éternel
torturé ! »
Je broyais encore du noir à la
nuit tombée, et je ne suis toujours pas gris…
J’ai repéré un mur de clôture,
j’ai sauté, et j’arrivais en moins de deux à grimper et même à me trouver un
refuge, ayant préalablement vérifié qu’il n’y avait pas de chien.
Chien ? c’est ma nouvelle
vie désormais. Qu’ai-je donc fait pour mériter une telle punition ???
Je me cachais dans un buisson
d’un semblant de jardin, et me suis mise à chercher la faute, la cause de la
malédiction qui me frappe, mes pouvoirs ne m’amusaient plus désormais.
Et puis, soudain, je me suis rappelé le CHAT, le BLOG,
tous ces gens à qui j’ai pu faire du mal directement ou indirectement. Ces
personnes que j’ai pris plaisir à scier de long en large et de travers, ou ceux
que je « taquinais » méchamment, mais souvent sans l’intention de la
donner et des fois si, je l’avoue.
Alors, secrètement, j’ai fait la
promesse que si je redevenais humaine, j’arrêterai le CHAT et le BLOG.
Le lendemain, à mon réveil, ça
cognait fort dans ma tête, ça n’arrêtait pas de cogner, cogner, cogner, je me
dressais et …… me retrouvais dans mon lit bien en chair et en os !! et
surtout sans poils !! et ma mère qui n’arrêtait pas de frapper à ma porte
et m’interpeller !!!
J’ai sauté du lit, mes petits
pieds étaient là !!! quelle joie, quelle bonheur d’être une femme, même en
Algérie !!! maalich, vaut mieux ça que d’être chat !!
Je souris à la vie, heureuse de
me retrouver humaine, ça n’était donc qu’un cauchemar..
Un doute tout de même, si j’avais
vraiment vécu cette vie, si vraiment c’était vrai, dois-je respecter ma
promesse ?
Je m’adresse à
vous lecteurs, je soumets ma décision à votre vote : Dois-je respecter la
promesse du chat
« Arrêter le Chat et mettre fin au Blog »