Un jour, je me suis attablée à un
petit restaurant de la bas chez nous, la faim me tenaillait l’estomac. Pendant
qu’il me tendait un menu graisseux, collant presque, le serveur me dévisageait,
il avait les cheveux collés au gel, tellement collés qu’ils ne risquaient pas
de dégeler même après un passage dans une turbine à gaz.
Bref, je fis vite de lire le menu
et de prendre ce qui en restait,
Moi : Je veux une
pizza avec des anchois et des câpres,
Le gominé : Makache
li zanchoi ( y a pas d’anchois )
Moi : Comment ?
pourtant c’est écrit dans votre menu : Pizza marine aux anchois et aux
câpres
Le gominé : .. Je
tché di makanche
J’avais trop faim, je laissais
faire sans brancher..
Moi : Donnez moi ce
que vous avez,
Le gominé : Pizza
b’toumatache
J’avais honte des gazouillis de
mon estomac qui se faisaient entendre à des lieux de ma table, je sentais même
des yeux se poser sur moi…et ayant perdu le sens de la révolte et de la rébellion,
car état d’urgence oblige, j’abdiquai ( c’est plus facile ! ) devant ce
gominé.
Moi : DJIBHA !!
( ramène la moi )
Le gominé s’éloigna de ma table et
un insecte vint se poser. Avec des gesticulations, j’ai essayé de l’en éloigner,
mais Mr l’insecte n’en fit qu’à sa tête
et comble du comble vint me piquer !!
J’ai senti un léger picotement mais j’ai fini par l’écraser !
Quelques minutes à peine s’écoulèrent
et des bribes de discussions venues de toute part se bousculèrent à mon
oreille. Je ne distinguais pas grand-chose, juste une espèce de vague énorme de
voix s’amoncelant à l’entrée de mon conduit auditif.
Prise de peur, je ne comprenais
plus rien, je mis mes mains sur mes oreilles, puis plus rien., plus aucun son.
Je poussais un grand Ouf ! les voix n’étaient pas dans ma tête, un
instant, je pensais devenir Schizo !!
J’ai retiré mes mains et voila
que les voix reprennent de plus belle. La panique reprit mais, la curiosité l’emporta.
Que s’est-il donc passé en
moi ? Ma capacité auditive est devenue subitement extraordinaire !!
je pouvais entendre la course d’une fourmi qui évite de se faire écraser par un
56 ! Etait-ce la piqûre de l’insecte bizarre qui m’a inoculé ce
pouvoir ?!
Qu’importe, l’essentiel s’est
d’en profiter. Je commençais à maîtriser les décibels qui me parvenaient, je
pouvais les filtrer. Que de choses qui me passaient par la tête, je peux vendre
mon nouveau pouvoir, travailler comme espionne dans les plus grands pays du
monde, entendre le cliquetis des coffres dans les banques, écouter derrière les
murs des voisins… entendre les méchancetés qui se disent derrière mon dos au
boulot. Vive la providence, vive l’insecte, le pauvre, dire que je l’ai écrasé
sans état d’âme, heureusement que j’ai pu récupérer son poison magique !!
La faim disparu sous l’émotion, et je me mis à
vouloir écouter les discussions des tables à coté.
Cheveux tirés derrière les
oreilles, je me mis à choisir par ordre d’affinités les victimes de ma
curiosité prochaine. Je choisis une table pas trop éloignée, un couple d’un certain âge y discutait avec
animation, lisez plutôt..
Elle : Tu as vu le
prix de la pizza ? c’est trop cher, pourquoi tu nous a ramené ici ?
Lui : Pour une fois
qu’on peut manger rien qu’en tête à tête, allez, ne pense pas aux dépenses,
Elle : Et dire que
nos enfants ne vont manger que de la Kalantita que je leur ai donné en sandwitch
Lui : Et alors ?
nous on avait même pas le privilège de la manger à notre époque, que de la
galette sèche !
Elle : Moi, je
mangeais bien chez mes parents
Lui : Que veux-tu
insinuer par là, tu ne manges pas bien depuis que tu m’as épousé ?
Elle ( regrettant la
méchanceté lancée ) : Non, que crois-tu ? je ne faisais que penser à
nos enfants
Lui : Arrête de
penser et mange à pleine dents, tes enfants grandiront et mangeront beaucoup
mieux qu’une pizza b’temoutache !! tout un plat pour un si petit plat !!
Je détournais mon oreille, la
discussion commençait à m’ennuyer, je cible cette fois, deux jeunes femmes qui
paraissaient partager des secrets. Avec un sourire narquois, je mis la
fréquence voulue et mine de rien, j’entendis ceci,
Tilleli : Alors
Kezak, que s’est-il passé ?
Kezak : Rien, il est
parti
Tilleli : Comme ça,
tout bêtement ?
Kezak : Oui, tout
bêtement. Ça préfère les salées, tu sais.
Tilleli :
Salées ?
Kezak : Oui, salées,
pimentées, avec des condiments, on rajoute ça aux plats standards pour qu’ils
passent. Un bon plat, n’a besoin d’aucun artifice,
Tilleli : Faut
vouloir y goutter..
Kezak : Non, faut
surtout pouvoir y goutter, un bon plat coûte cher.
Tilleli : Tu as la
grosse tête Kezak !
Kezak :
Pourquoi ? tous les chapeaux me vont, sauf le tien, trop petit..
Tilleli : EWWW ?
tu me provoques ou quoi ? ça veut dire quoi tout ça ? tu es jalouse
je crois, avoue le..
Kezak : Peut-être, je
n’aime pas être devancée, tu as trouvé un amoureux et moi pas encore !!
Tilleli : Normal, si
tu leur tiens un discours pareil,
Kezak : Et tu veux
que je leur dise quoi ? que j’ouvre béatement ma bouche quand il dira
qu’il sait écrire son prénom à l’envers !! que je vais m’évanouir
d’émotion dès qu’il dira « tu me plais, tu sais….. » à la Clark Gable
Tilleli : Ta
verticalité va t’anéantir !
Kezak : Ma
quoi ??
Tilleli : Ta rigidité
mentale, sois plus souple,
Kezak : Je n’ai pas
la barre de faire ! ( un coucou pour GAD ! )
Tilleli : N’importe
quoi ! Arrête de te plaindre alors, et joue le jeu des standards
Kezak :
JAMAIS !...... ……tu m’apprendras ?
La discussion ne tournait
qu’autour de ça, j’ai fini par m’en lasser, je détournais mon attention vers
une table, placée bien au fond, je n’arrivais pas à distinguer les personnages,
mais j’ai été sciée en écoutant le mode de discussion, incroyable, lisez,
Elle : L'amour donne l'esprit aux femmes et le retire aux hommes,
Lui : La philosophie
est une route qui mène de nulle part à rien,
Elle: Heureuses
les amours
qui se dénouent
sans détours,
Lui : L'amour est aveugle,
il faut
donc toucher.
De toutes les perversions sexuelles, la chasteté est la plus dangereuse,
Elle : Un chien sans
queue ne peut exprimer sa joie,
Lui : A table comme en amour, le changement
donne
du goût,
Elle : Le plus grand amour est l'amour d'une mère, vient ensuite
l'amour
d'un chien,
puis l'amour
d'un amant,
Lui : L'amour sans une certaine
folie
ne vaut
pas une sardine
Elle : Trois sortes
d'hommes ne comprennent rien aux femmes: les jeunes, les vieux et ceux entre
les deux,
Lui : Maint amoureux
d'un grain
de beauté
commet
l'erreur
d'épouser
la fille
entière
Elle : La moitié des
hommes sont des salauds, et l'autre moitié est horriblement ennuyante,
Lui : La bouderie
en amour
est comme le sel
; il n'en faut
pas trop
Elle : Les hommes
aiment la profondeur chez les femmes, mais seulement dans leur décolleté,
Lui : Le chasseur se
fâche quand l'outarde lui monte au nez
Elle : La dinde est
tolérante, mais elle déteste les farceurs.
AIE !!! j’ai été parasitée
par un poste radio porté à même l’épaule par un gamin pas plus haut que trois
pommes, il écoutait du Rai à tue tête et s’est arrêté à l’entrée de la Pizzeria, scrutant à
l’intérieur, il reconnut ses parents, les premiers que j’ai espionné et vint à
toute allure finir la pizza du papa non encore entamée, pauvre papa.. eh oui,
tu n’auras même pas eu le temps d’en connaître le goût, sacré enfants
« dakhir ezzamane ! »
Le temps de reprendre la
fréquence parasitée, que le couple bagarreurs par proverbes inperposés se lève
de table comme si de rien n’était et quitta la pizzeria sans avoir mangé,
l’appétit a du partir et s’envoler avec les outardes…
Ces histoires pour filles, m’a
ouvert l’appétit. Ma « b’toumatache » était placée sous mon nez
depuis belle lurette, je ne m’en suis pas rendue compte à cause des émotions
procurées par mon tout nouveau pouvoir.
A voir sa tête, ma pizza, ne me
faisait pas vraiment envie, et me remémorant les mots de Kezak, je pris de la
mayonnaise, de la h’rissa, de la moutarde et en mis sur cette soucoupe rouge,
je la badigeonnais goulûment de cette mixture et « BLURP » dans le gosier.
Pas mal la pizza une fois fardée. Faut pas trop se poser de questions, une fois
dans l’estomac, tout aliment ressort de la même façon ( Sauf votre respect
).
Tout en mangeant, je regardais la
télé placée en haut accrochée à un des poteaux de la bâtisse, juste au dessus
d’un client esseulé avec son sandwitch dégoulinant.
L’émission réunissait sur un
plateau les restes d’un journaliste nationalisé et d’un pseudo politique ( PP ) , le débat fut
d’un niveau à vous faire verser une larme..
Journaleux : Votre
subliminale grandeur, qu’allez vous faire après avoir élu le monarche de la
république ?
PP : Hum hum.. (
visiblement gêné )
Journaleux : Oh.. pardon…
votre sublissime patron de la république …
PP : Nous avons eu les
élections haut les mains !! … haut la main.. Pardonnez moi, et nous
comptons faire reculer le chômage de 500%, réaliser un taux de croissance économique
de 85% chaque jour. Nous promettons des appartements grand standing avec vue
sur la mer ou le désert, c’est selon les convictions.. enfin, les goûts, moyennant
10.000 dinars d’avance en premier versement pour celui qui peut ( comme le Hadj
) sinon rien, walou, battel. Le prêt se fera sur une période de 100 ans qui
pourra être prolongée à perpétuité pour les récalcitrants.. Pardon, pour les vétérans,
Journaleux : Et le
PIB par habitant sera de quel pourcentage, faites le nous rappeler votre
grandeur nature !!
PP : ….. c’est quoi
le PIB ? c’est un nom scientifique ou politique ? ne faites pas dans
l’amalgame sinon… notre makhzen local s’en chargera.. vous habitez ou
dejà ?
Journaleux ( vert de peur
et hors antennes, un différé direct ! ) : Le Produit intérieur brut votre seigneurie..
c’est écrit ici, questions à poser.. je n’ai rien fais moi, je ne fais que
répéter et lire ce qu’on m’ordonne..
PP : De 85 % par
jour !! je dois me répéter ou quoi ?? sacré farceur de journaliste HA
HA HA ( montrant toutes ses dents blanchies chez un dentiste made in USA )
Journaleux ( toujours vert
) : Votre calamité.. pardon, votre solennité, qu’en est-il des régions de
l’extrême extrême qui souffrent de l’éloignement de leur village des cinémas et
des manèges..enfin, pour ceux d’entre eux qui s’ennuieraient à ne rien faire pendant la journée…
PP : Nous allons
quadrupler sinon plus le maillage routier, autoroutier, par voie ferrée, par
voie aérienne, par voie spatiale pour faire sortir de l’isolement nos chers con
citoyens qui ont voté massivement et sans hésitations nocturnes ..pardon, aucune pour NOUS !! Nous
allons procurer des voitures 4x4 pour
chaque père de famille, s’il préfère les voyages terrestres, sinon, nous avons
passé commande auprès des Russovitch pour des soucoupes aéronautiques à 500
pégases. Ils pourront relier les centres de loisirs en quelques secondes.
Journaleux : Qu’en
est-il des mères de famille ?
PP : Elles n’en qu’à
suivre derrière !
Journaleux : Le mot
de la fin votre sérénissime…..
PP : Quoi ? la
fin ?quelle fin ? JAMAIS DE FIN !!!!
Journaleux : Juste
pour clôturer cette émission votre Altesse..
PP : Ah ! bien
sûr, je souhaite un bon rétablissement au peuple gentil et beaucoup de faim pour le reste …
J’en avais avalé ma pizza entière
sans épices, sidérées par autant de bonnes nouvelles.. pas possible, faut vite
que je me remémore ou je suis, allez, un petit branchement pour écouter
quelques lamentations toutes fraîches et véridiques
Mais, que ce passe-t-il ? L’effet
magique est parti.. je ne peux plus rien entendre.. rien, même pas le mauvais
son du journaleux.. L’effet était donc limité dans le temps et moi qui ai tué
l’insecte, j’ai scié ma propre branche…
Puis, soudain, je vis une
ancienne connaissance entrer au restaurant, je ne m’y attendais guère
To be continued…